Qui va là ?

D'Emmanuel Darley

Spectacle chez l'habitant

Un homme, sous le prétexte d’avoir habité ici lorsqu’il était enfant, pousse la porte d’un appartement.

Je passais juste devant, je me suis dit «  Je vais demander, hein, juste jeter un œil...

Il s’installe une petite heure sans agressivité tout en douceur dans une considération permanente des habitants présents de l’appartement. Se fait à manger, se lave et se raconte. La langue est simple, pure, adressée.

C'est étrange. Je reconnais et en même temps, c'est différent. Vous avez changé quelque chose ?

Au fur et à mesure du récit nous comprenons qu’il est seul, sans domicile fixe, qu’il erre de hall de gare en hall de gare avec un sac, une boÎte dans un sac (les cendres de sa mère) et ses souvenirs. C’est son passé qui le tient. Or, un peu plus loin dans le récit il brouille les pistes. Les choses ne se seraient pas réellement passées comme ça. Il ne sait plus lui-même.

Je ne sais pas ce que je dis. Je brode, j'invente. Tout ça n'est pas sérieux.

Nous assistons alors, en direct, à la déconstruction d’un récit, d’un passé, d’un individu tout en circulant de pièce en pièce, d’espace mental en espace mental. Avec cet homme comme guide de son histoire. En contrepoint de cette situation réaliste, quotidienne, nous tenterons de mettre en relief cet espace mental en ponctuant le récit d’images ou de sons insolites.

C’est Laurent Menez qui jouera cet homme. Il fait partie des acteurs que je nomme caméléon, c’est-à-dire qui ont cette capacité à prendre ou à perdre 10 ans en une fraction de seconde. Laurent a une palette de jeu très large et cette élasticité convient parfaitement pour le personnage qui nous envoie sur différentes pistes tout au long du récit. Nous répèterons dans l’espace de représentation plusieurs jours, en complicité théâtrale avec les habitants.

Théâtre d'Air_Qui va là_Visuel
Création février 2017

Mise en scène
Virginie Fouchault

Avec
Laurent Menez

Assistante à la mise en scène
Isabelle Bouvrain

Création sonore et visuelle
Gérald Bertevas

Dates passées

Photos

  • Théâtre d'Air_Qui va là_Photo 1
  • Théâtre d'Air_Qui va là_Photo 2
  • Théâtre d'Air_Qui va là_Photo 4
  • Théâtre d'Air_Qui va là_Photo 3
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Intentions de mise en scène

Parce que nous travaillons dans un quartier très populaire à Laval. Nous y avons notre lieu de répétition depuis plusieurs années.

Parce que nous constatons qu’il est de plus en plus difficile pour les publics dits « empêchés » de venir pousser les portes d’un théâtre de centre ville.

Parce que les différentes classes sociales d’une même ville ont de moins en moins d’occasions pour se rencontrer.

Parce que de plus en plus d’individus se retrouvent sans logement, sans attache et par là même confrontés à une perte d’identité, le texte d’Emmanuel Darley «  Qui va là ? » s’est imposé à nous.

Autour de la représentation

La particularité de jouer ce texte chez l'habitant nous permet d'avoir un vrai temps de travail et de complicité avec les gens qui nous accueillent. Les habitants ne seront pas simples spectateurs. Ils seront acteurs dans leur propre appartement. Avant l'arrivée de cet homme, les spectateurs observeront les locataires dans leur quotidien : ils préparent à manger, ils regardent la TV.... . Ce qui fait que l'homme n'arrive pas seulement dans un appartement mais il entre chez des gens, dans leur intimité. Cette complicité artistique nous oblige à avoir un temps de répétition dans le lieu de représentation et un temps avec les locataires complices de ce qui sera joué chez eux.

De la même manière, nous pensons qu'un temps de discussion et de partage autour d'un verre, d'un gâteau doit se faire à l'issue de la représentation. Nous ne partageons pas de la même manière un spectacle dans un théâtre que dans un appartement. Notre place de spectateur n'est pas la même. Toutes les conditions sont donc réunies pour que la rencontre se fasse avant, pendant et après la représentation. Ce texte pose un certain nombre de question sur la solitude, l'exclusion, la perte d'identité. Le spectacle essaie par son concept même de créer un lien dont notre société a bien besoin. Nous souhaitons que ce lien perdure après la représentation et que la parole se libère.

Présentation de l'auteur

Emmanuel Darley est né à Paris en 1963. Après une enfance ponctuée de nombreux déménagements (jusqu’en Afrique), il revient dans la capitale en 1977. Il commence des études de cinéma qu’il abandonne rapidement avant de travailler plusieurs années en librairie. Par la suite, il s'installe dans l'Aude. Il continue de voyager, en Afrique de nouveau (au Togo, plus tard au Mali), en Asie un peu (passages au Japon, au Viêtnam), en Europe enfin, sur des lieux de conflits, à Sarajevo ou de tensions, à Lampedusa.

Il publie pour commencer deux romans : Des petits garçons (éditions POL, 1993) puis Un gâchis (éditions Verdier, 1997). Après cette entrée dans le domaine romanesque, c'est la rencontre avec le théâtre, avec des compagnies, avec des metteurs en scène, des acteurs comme avec d'autres auteurs. Il va alors se consacrer largement à l'écriture dramatique.

Parallèlement, Emmanuel Darley anime des ateliers d'écriture. Il participe également à divers projets initiés par des villes autour de la mémoire des quartiers, portraits d'habitants, recueil de paroles, en compagnie du photographe Jean-Claude Martinez. Certaines de ces pièces seront lues, d'autres mises en espace, éditées, d'autres enfin jouées. Pas bouger, créée en 2001 par la compagnie Labyrinthes à Montpellier, a été traduite en plusieurs langues et largement représentée en France comme à l'étranger.

Il revient au roman en 2003 avec Un des malheurs (éditions Verdier), prix littéraire Charles Brisset, puis en 2007 avec Le Bonheur (éditions Actes Sud). Ces deux derniers textes, tout en revenant à une forme romanesque, prolongent en une large part sa démarche théâtrale. Ce sont des œuvres polyphoniques, donnant à entendre les voix de nombreux personnages placés hors d'un schéma narratif classique : voix des combattants ou des assiégés, des vivants et des morts dans Un des malheurs, roman autour de la guerre ; voix d'immigrés, voix de migrants en fuite, de passeurs, ou de ceux restés au pays dans Le Bonheur, roman du déracinement.

Il poursuit son activité théâtrale en 2007-2008 avec Bonheur ?, texte écrit pour la mise en scène d'Andrès Lima à la Comédie Française (mars-avril 2008 au théâtre du Vieux-Colombier), le Mardi à Monoprix suivi d’Auteurs vivants (2009), Aujourd’hui Martine (2010) et Rouge suivi de Monsieur le (2015). Emmanuel Darley est décédé le 26 janvier 2016.

Production

Production
Théâtre d'Air

Coproduction
Saison culturelle des Coêvrons

Résidences
Théâtre de l'Éphémère Le Mans (72) - du 3 au 7 et du 16 au 21 janvier 2017
Saison culturelle des Coëvrons (53) - du 23 au 28 janvier 2017
La Grande Surface à Laval

Le Théâtre d’Air est une compagnie conventionnée par la Ville de Laval et soutenue par la Région des Pays de la Loire et le Département de la Mayenne.

Revue de presse

Article "Maine Libre" du 4 mai 2017 :

Article "Maine Libre" du 19 janvier 2017 :

Reportage France Bleu Maine du 18 janvier 2017 :

https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/coulaines-et-bellevue-et-si-un-comedien-venait-jouer-chez-vous-1484674889