Les Locataires

Virginie Fouchault

Le « locataire » ou le « petit sujet » est la petite voix qui nous parle lorsque nous doutons. Celle qui nous aide à agir lorsque nous manquons d’énergie. Celle qui nous calme lorsque la colère nous envahit. Ou bien au contraire celle qui alimente la colère. Bref, nous avons autant de « locataires » que de mouvements intérieurs, que d’émotions, que de projections, que de souvenirs ou d’imagination. Ils portent leur « grand sujet » à bout de bras. C’est un drôle de collectif que celui-ci. Ils ne sont pas toujours d’accord entre eux, on assiste alors concrètement aux conflits intérieurs qui nous constituent dans les moments douloureux de notre vie.

Cette création souhaite explorer l’intime comme on explore des fonds marins. En donnant à voir toute la vie intérieure qui nous constitue.
Nous explorons cette intimité au travers de deux personnages, Antoine et Agnès, qui traversent une rupture amoureuse.

Nous ne racontons pas cette histoire de façon chronologique ou linéaire. Nous la découvrons au rythme de la pensée des personnages. De façon décousue.
Nous passons un temps présent avec Antoine puis Agnès. Nous assistons au contraste de la pauvreté de leur action avec le foisonnement de leur vie intérieure. Ils se souviennent (passé), ils projettent (l’avenir) : le père disparu ou l’enfant qui n’est pas né leur rendent visite…
Agnès et Antoine sont en pleine déflagration intérieure suite à une séparation. Chacun de leur côté et chacun à leur manière. Chacun rumine, essaie de comprendre. Leurs différences sociales et familiales ont eu raison de leur amour. Du moins de leur histoire. Pas si facile de s’éloigner de ses racines.

Chaque matin elle sort avec les cheveux en pétard, le maquillage tout collé autour des yeux, un mélange de Vétiver et de vapeurs de nuits parfume sa peau encore fripée de l’empreinte d’un pli récalcitrant sur la taie d’oreiller, elle attrape un vieux jogging, le mien de préférence et martèle chaque pas de ses vieilles tongs achetées à Barcelone il y a dix ans. Je la vois faire la queue à la boulangerie, une clope au bec, son air pas réveillé et pas aimable jusqu’au café. Jusqu’à l’année dernière, je pensais que les gens qui sortaient acheter le pain sans prendre de douche étaient plus libres que les autres. Je sais aujourd’hui que la liberté est ailleurs. Madame Sylvestre, Monsieur Blanchard, Martine et les jumelles ont l’air bien tristes ce matin. Perdus. Comme abandonnés. La boulangerie elle-même semble pleurer toutes les larmes de son corps. Elle ne reviendra pas. Elle ne reviendra plus. Elle me l’ a dit le 12 avril dernier et je suis là comme un con à l’attendre… Agnès… mon agnus dei… Reviens…

Les Locataires portrait
Création octobre 2022

Ecriture et mise en scène 
Virginie Fouchault

Interprètes
Valérie Berthelot, Maxime Dubreuil, Karim Fatihi, Philippe Languille, Christine Mariez, Laurent Menez, Jeanne Michel, Sandrine Monceau, Lucie Raimbault, Emmanuelle Trégnier, Cédric Zimmerlin

Assistante à la mise en scène
Evguenia Chtchelkova

Assistante dramaturge
Juliette Fouchault

Scénographie et création lumière
Jack Percher

Création sonore
Gérald Bertevas

Régie plateau et son
Christophe Chauvière

Costumes
Annabelle Malassenet

Production
Céline Moreau

Diffusion
Laurent Menez

Crédits photos
Jean-Charles Roussillon

Dates à venir

Intentions de mise en scène

Note d’intention de Virginie Fouchault

À la sortie du premier confinement j’ai réuni une équipe de 12 personnes pour un travail de recherche autour de la question de l’intime. Ce groupe était composé de comédien(nes) ou musicien que je connaissais déjà et de comédien(nes) que je souhaitais rencontrer. J’ai pensé que ce moment de laboratoire était l’occasion de le faire.
Comment théâtraliser l’intime, le rendre charnel, incarné, organique et ludique ? Nous avons très vite exploré ce terrain de jeu avec jubilation et profondeur.
Le groupe a immédiatement existé très fort. Tout le monde semblait se connaître depuis toujours. J’ai donc fait le choix tout à fait déraisonnable mais légitime de partir à l’aventure avec ces 12 artistes, sur un projet singulier, sensible et nouveau.
Même si ma formation théâtrale (École Jacques Lecoq) m’a initié à cette façon d’aborder un sujet, une question, c’est la première fois que je pars sans le texte d’un auteur. L’envie est plus grande que le vertige. Et cette façon de travailler, de chercher et de construire s’avère passionnante.

Le texte

Il s’écrit au fur et à mesure des résidences, dans un aller retour d’improvisations de plateau et d’écriture à la table. Ce principe de création me permet de renouer avec une des singularités de ma formation à l’École Jacques Lecoq : comment créer une écriture dramatique à partir d’un thème ou d’une question ?
Cette écriture issue d’un travail collectif me permet de parler de l’intime sans être prisonnière de ma propre histoire. J’amène les enjeux dramatiques et poétiques comme prétexte à l’improvisation, mais l’histoire s’écrit avec les propositions théâtrales des acteurs et du plateau.
Cette matière est donc nécessaire pour nourrir le travail à la table, lequel déclenche d’autres situations et d’autres enjeux dramatiques qui seront à leur tour vérifiés par le plateau.
Je découvre finalement que raconter l’histoire d’Agnès et Antoine est aussi une façon de parler de moi, c’est-à-dire de chacun d’entre nous. Tout le monde peut se retrouver dans un moment de l’introspection de l’un et de l’autre. Cette connivence donne un côté jubilatoire au propos. L’humour est là tout le temps sans banaliser le drame, sans empêcher l’émotion. Le texte est vif, rythmé, incisif. La parole intérieure est sans filtre et insolente. L’histoire d’Antoine et Agnès se découvre par petites touches. Nous assemblons les pièces du puzzle au fur et à mesure, dans l’ordre de la pensée et de l’exigence théâtrale.

Production

Coproductions
Le Carré, scène nationale - Château-Gontier
Le Reflet - Saint Berthevin
Le Théâtre - Laval
Les 3 Chênes - Loiron Ruillé
Théâtre Quartier Libre - Ancenis
Les Ondines - Changé

CALENDRIER DE CREATION

Saison 2020/2021
Du 16 au 20 août 2021 : résidence – Centre culturel Le Reflet – Saint-Berthevin (5 jours)

Saison 2021/2022
Du 27 septembre au 1er octobre 2021 : résidence – La Grande Surface – Laval (5 jours)
Du 17 au 21 janvier 2022 : résidence – Théâtre Les 3 Chênes – Loiron-Ruillé (5 jours)
Du 11 au 15 avril 2022 : résidence – Le Théâtre – Laval (5 jours)

Saison 2022/2023
Du 22 au 26 août 2022 : résidence – La Grande Surface – Laval (5 jours)
Du 29 août au 2 septembre 2022 : résidence – Théâtre Les 3 Chênes – Loiron-Ruillé (5 jours)
Du 5 au 9 septembre 2022 : résidence – Centre culturel Les Ondines – Changé (5 jours)
Du 12 septembre au 16 septembre 2022 : résidence – Le Carré, scène nationale – Château-Gontier (5 jours)
Du 19 septembre au 3 octobre 2022 : résidence – Le Théâtre – scène conventionnée de Laval (10 jours)
CRÉATION : Mardi 4 octobre 2022 – Le Théâtre, Laval